Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 21:00

  

 

 

 

 

  "Nous devons protéger notre civilisation". Et: "Contrairement aux socialistes, je pense que toutes les civilisations ne se valent pas". Deux phrases qu'auraient prononcées Claude Géant hier et qui suscitent déjà l'indignation (L'Express)

 

Ainsi, 80 ans après Hitler, y'a des gens capables de proférer des propos banaux en 1933 (un ministre de l'Intérieur dont l'idéologie contribue précisément à saper les pénibles acquis de nos sociétés...

Qu'est-ce qu'on a perdu comme temps ! (Mais pas tout l'monde...)

--------------------------------------

 

Lors de notre débarquement pour la première fois à TTA (21 juillet 1980), la douane nous a confisqué le cadeau d'arrivée destiné à nos hôtes : Deux boîtes de foie gras [du vrai, de l'artisanal de Fleurance (Gers) et donc sans étiquettes réglementaires] En outre, il pleuvait comme vache qui pisse, et à travers la buée, on entrevoyait des collines sombres éventrées, des radiers débordants et des creeks d'eau rougeâtre. Au bord de la route vers Nouméa (35km), des kanaques détrempés saluaient notre passage avec une déférence modeste (!) Tandis que je m'interrogeais  sur le devenir de mes boîtes exceptionnelles, notre guide expliquait qu'une autoroute serait bientôt inaugurée en bord de mer, ce qui raccourcirait de beaucoup le trajet vers Nouméa...

(Quel fonctionnaire profiterait mes cadeaux d'arrivants ?)

 

Quoi ? A l'inauguration, la nouvelle route s'avérait à péage (Savexpress)  ! Comment, dans un pays aussi prospère que la Calédonie, devait-on payer 100 fcp pour 12 km (qui n'allait pas jusqu'à Païta = Soit 5,50 ff ce qui était énorme à l'époque) J'ai mis quelques temps à comprendre...

 

Plus tard, j'eus l'occasion d'apprécier la richesse du pays. Richesse équivoque : Les vieilles familles calédoniennes, les  luxueuses voitures, du personnel de maison pléthorique, des crus rares hors de prix, des hélicos privés (12) et tous les signes extérieurs de l'opulence à la fois discrète et tapageuse du XIXeSiècle. Une hôtesse m'a fièrement expliqué ses filières de congelés importés d'Australie, et elle était convaincu que les 14 personnes à son service n'étaient plus comme avant... (La famille B. du groupement B.). Dans la marina de la ville, des cruisers à 900cv à deux étages, accastillés radar ne sortaient que rarement du lagon, etc....

 

 Et dans mon boulot, qu'est-ce que je découvrais ?

radier banalDu goudron jusqu'à Bourail, de la piste en terre partout ailleurs, un habitat enclavé, le réseau téléphone et télévision quasi inexistants, d'immenses propriétés de 1500 ou 2000 ha en jachères...

En 1980, 75% des broussards vivaient sous les tôles au groupe électrogène, en quasi autonomie alimentaire (chasse, pêche, petits élevages)** Les revenus du bétail pourvoyait au mazout, au matériel et à l'équipement domestique (Ah, avoir un congélateur !...). Les conditions de vie des européens de brousse n'avaient rien à envier à la précarité des gens dispersés en tribu. (qui vivaient au moins en communautés, eux !...)

- Bof, ils ont toujours vécus comme ça, ricanait un broussard lui-même seul, paumé entre ses barbelés, à 22km du village...

 

Hors Nouméa, le service public restait aléatoire : les adductions d'eau bouffaient le tiers du budget communal (Poya), et les isolés se débrouillaient avec des captages approximatifs et douteux. De misérables dispensaires surbookés tout les 80 km, et le colportage lucratif vers les coins enclavés. Hors l'école, le bon sens des ploucs suppléait à l'illettrisme chronique des populations : A la poste, la conversation se concentrait sur les histoires de barrières et de cul (et seulement 2 levées postales par semaine) A la boutique, on ne proposait pas le nécessaire, on n'achetait que le "pionnier" = les clous à tôles, les cartouches et la farine en vrac...  Pas traces d'artistique, un pauvre patrimoine, aucune Culture ni kanaque, ni générale. Une radio unique de 6 h à 20h, pour la météo et un minimum d'infos (chant du cagou et Marseillaise...)

 D'autres détails évocateurs et choquants ? L'importante consommation d'alcool, de tabac et de jeux d'argent, le démarchage pour des dieux de tous poils, un porte-à-porte de la "spiritualité" et l'implantation florissante d'églises diverses (une église et deux temples pour 700 hab.) Sectes et religionse concurrençaient une néo-culture américano-western (Dallas ? Un tabac...) diffusée par une télé unique et récente !

 

Compatissant, j'ai mille fois partagé la mémoire émerveillée et les souvenirs envieux des quelques uns qui étaient allé sur la Gold Coast :

- Les pokens ! Bîn ça, c'est un pays !... l

  En 1980, les plus anciens évoquaient avec regret les nouveautés stupéfiantes des américains pendant la dernière guerre (des bulls, les insecticides, les demi-lunes, les frigos, la courtoisie...) Et la nostalgie des trois booms successifs - les engins à fond jour et nuit, le déficit d'embauche, l'immigration ouvrière, le commerce florissant, l'impossibilité de se loger, les boîtes à culs, l'argent à flot, etc... Bref, c'était l'âge d'or du pays !

  

Ainsi, malgré des périodes fastes, l'apparition de fortunes considérables et le raffermissement des monopoles d'importation juteux, il ne restait pratiquement rien des booms successifs. A tel point qu'après un séjour 10 années dans les plus reculés de la Réunion, la Calédonie profonde de 1980 m'offrait l'image triviale de la colonisation des années 20-30.

Mais il n'y avait pas que l'image...

 

Plus tard, on m'avait expliqué l'économie de comptoir (Ballande = le crédit hypothécaire sur le foncier), puis la répartition concertée des monopoles de tout le commerce insulaire entre 11 familles, soit une oligarchie sans partage : tout nouvel investisseur concurrentiel était considéré comme gêneur et assuré de son élimination bancaire sur simple coup de fil du "gouvernement. (en avant-première de Guéant et du FN...)

 

En 1993, j'ai percuté l'origine de cette absurdité :

En Calédonie, il n'y a aucun impôt sur les revenus miniers, pas d'impôts sur la fortune et des moyens habiles d'éviter les droits de succession. Quant à la défiscalisation , il s'agit de rien moins qu'une escroquerie "légale" qui rapporte beaucoup à très peu de privilégiés (courtiers et cabinets intermédiaires) Ainsi, depuis 1952, seulement 3,1% des revenus nets du Ni avait été directement investi dans le pays – et pour l'essentiel à Nouméa ! Tous les revenus de la mine étaient privés (et placés en Australie) Ainsi, la Santé, l'Education et tous les services et les infrastructures publiques étaient payées par la Métropole. Du salaire des fonctionnaires et des contractuels (comme moi) aux simples poteaux métalliques de téléphone, tous les budgets étaient assurés par France métropolitaine !)

 

Sur une propriété. Sous contrat des Services vétérinaires, mon salaire et mon statut étaient assurés par la métropole, mais aucun des moyens élémentaires de travailler ! Souhaitait-on que je reste chez moi à ne rien faire ? J'ai bossé pendant 5 ans avec mon propre matériel et je me suis arrangé pendant des années avec la bonne volonté de la municipalité de Pouembout... La même carence s'est renouvelée en 86 lors de mon déménagement à Port-Laguerre...

J'avais compris qu'un service public de figuration eut été amplement suffisant à la condesendance affichée des "dirigeants" du pays.

 

 Depuis toujours, la Calédonie matérialisait une économie de type totalement "libérale", telle que Giscard, Mitterrand et Sarkosi ne l'installe doucement en France, et avant même que l'Organisation Mondiale du Commerce ne décide d'imposer le libéralisme au monde entier : Les gains exorbitants allaient au privé et les déficits aux finances publiques de l'Etat ! L'immense majorité de la Nouvelle-Calédonie n'était que la chasse gardée de quelques uns, lesquels étaient bien décidés à faire perdurer le système = L'interdiction des pieds-noirs en 1962, l'assassinat de P. Declercq le 19 septembre 1981 (jamais élucidé) l'intervention de l'armée à Ouvéa – entre autres causes, sur un bluff de Lafleur (1988)***

 

Cette féodalité "néo-libéro-coloniale" fut bousculé par les Accords de Matignon.

En panne...Le territoire dut assumer certaines charges publiques et donc créer une fiscalité locale plus consistante. Ce qui ne plait toujours pas à la classe (très) aisée du pays. En privé, ces gens, devenus discrets, restent déterminés à retrouver leurs "néo-privilèges" d'antan. Et par tous les moyens qu'offre la nouvelle mondialisation. Par quelle stratégie ? D'abord par subtilité démocratique : Utiliser l'antagonisme interracial spontané, exacerbé par les "évènements de 84". Pour les uns, la trouille d'une Indépendance obsolète, et pour les autres, l'espoir d'un avenir radieux ! De quoi voir se rallier les nouvelles classes moyennes. Eleveurs, commerçants, entrepreneurs et emprunteur de 15 M à la banque, tous restaient obnubilés par la peur (ou l'espoir) d'une Indépendance communiste, comme la chouette dans les phares reste sur la route... Ces sentiments antagonistes furent savamment entretenus pendant 30 ans, mais toujours au bénéfice exclusif d'une minorité, réelle propriétaire historique du pays, ou à ses nouveaux assimilés (kanaques) !

Ainsi dès 1997, les services publics furent peu à peu privatisés (OPT et communications, services ruraux, Enercal, EEC,...)  et se créait alors une "nouvelle bourgeoisie" inféodée au libéralisme sauvage (et suicidaire). Seuls furent entretenus les services régaliens et l'Education. Dans ma partie, l'élevage et l'agropastoralisme a commencé à décliner...)

 

Dans le bluff de la négociation pour la présence simultanée des deux drapeaux au nom d'une certaine confraternité nationale, il faut surtout voir  un rapprochement entre les tenants des futurs postes-clés et des fortunes qui se reconstruisent à grande vitesse dans les projets futurs des deux bords politiques apparament opposés, mais toujours au détriment de l'intérêt général...

 

  Ainsi, avant les évènements de 1984, la Savexpress était le premier investissement privé d'envergure et susceptible de haute rentabilité hors la mine.

 

Ca, c'est le passé récent. Mais à l'avenir ? Les conditions ont changé... mais pas les hommes qui sont (presque) toujours les mêmes depuis 30 ans !

 

---------------------------- 

** J'avais calculé qu'une famille de 7 personnes à Pouembout vivait avec 65.000 f/mois...(moyenne = 590 €)

*** J'ai des exemples multiples en agriculture

**** C'est M. Rocart qui a secoué le cocotier, ce qui lui a donné les pressions pour obtenir le "don" généreux des mines Lafleur à la communauté & les "Accords de Matignon"...

  ------------------------------

 

Perso, je n'ai aucune sympathie socialiste ! (Au pire - s'il faut classifier - j'ai des idées "socialisantes"...)

 

Depuis toujours, je ne m'intéresse qu'au comportement animal (grégaire et en liberté) chez lesquel "l'Absurde n'existe pas ! Ce qui me permet de mieux mesurer l'absurde cérébralisé ! 

Peu politisé d'origine- mais bien conditionné à droite- j'observe l'Homme et l'animal depuis mon plus jeune âge. Mon étonnement s'est étendu bien au-delà des considérations socio-économico-politicardes. Dans le cahos où nous entrons joyeusement, j'en suis à flairer les signes biologiques, les orientations futures, les mutations en cours qui pourraient nous éviter l'effondrement inéluctable des espèces en moins d'un siècle...

Cette quête entre Absurde suicidaire et Compréhension fondamentale, est le fil rouge qui me tient lieu de "religion", d'idéologie, d'éthique politique et de raison d'espérance...

 

Depuis quelques années, les prémisses d'une autre "civilisation" apparaissent ça et là ! Elles contournent la politique telle qu'elle est devenue depuis 30 ans... 

Passionant ! 

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Sagamore, le dernier des ploucs !
  • : La vie, c'est surtout les souvenirs qu'on en a. Vivre, c'est ce qui nous arrive quand on est absent, quand on est trop occupé à d'autres choses ! Donc prendre des notes, conserver des traces, trier les déchets pour pouvoir un jour m'étonner : "Mais bordel, comment suis-je donc arrivé là ?..." (Note 1991)
  • Contact

Au hasard des pages...

"L'Histoire est la science du malheur des hommes... Pas de malheurs, rien à raconter" (R. Quenaud)

"Les véritables victimes de Tchernobyl ? Elles ne sont pas encore nés."

(Un nuke3.0 allemand) :

 

« Le capitalisme est la croyance stupéfiante

selon laquelle les pires des hommes vont faire les pires choses

pour le plus grand bien de tout le monde »…

J.M.KEYNES

 

"- C'est quoi, une bonne mère ?

- Une femme que son mari va quitter" (F. Dolto)

 

"Rien n'est plus puissant qu'une idée dont l'heure est venue" ( Victor Hujo)

 

"Quelle est l'utilité d'une maison installée dans un merdier* invivable ? "

(D'après DH Thoreau qui écrivait "planète"...)

 

"Il nous faut créer une démocratie conforme aux marchés."

(A. Merkel -2011)

 

 

« Si le climat était une banque,

les pays occidentaux l'auraient déjà sauvé »

Discours d'Hugo Chávez

 

 Le Mal au nom du bien,

une des plus vieilles histoires du monde...

(Ds un bouquin...)

 

"Se réclamer d'une religion dispense-t-il de toute morale ?"

(Amin Maalouf, sur Fr. Inter)

 

"Dans une crèche,
les bébés considérés comme leaders
sont les plus gentils"
(H. Montagner)

 

 

"Quand l'eau est pure,

je lave ma tête.

Quand l'eau est trouble,

je lave mes pieds"

 (Wang Shu) 

 

"Quelle est donc cette nostalgie

qui réarme partout les monstres oubliés ?

Et ce siècle tout neuf, comment le peupler

autrement que de tous nos regrets ?"

Doris Evans

 

"Sonne les cloches qui peuvent encore sonner.

Oublies ton offrande parfaite.

Il y a une fissure en toute chose.

C'est par là que pénètre la lumière."

(Dans la dernière chanson de Léonard Cohen,)

 

 

"Le roi est nu !"

cria l'enfant.

(Hans Cristian Andersen)

  

"Que faire de sa soif, dans un pays sans eau ?

De la fierté, si toutefois le peuple en est capable"

(Henri Michaux- Poteaux d'angle) 

 

"Tu ne te conformera point

à ce monde qui t'entoure."

(Commandement mnémmonite) 

 

 

"je ne sais pas quelles armes seront utilisées

pour la troisième guerre mondiale, si elle a lieu.

Mais la quatrième se réglera à coups de massue."

(A. Einstein)

 

 

"Tout

dépend

de tout le reste." 

(Bouddha) 

 

"A la vie, on emprunte même les os"

(Pablo Neruda)

 

"Ca n'est pas radical d'essayer de sauver les derniers 5% de nos forêts.

Ce qui est radical, c'est d'en avoir coupé 95%."

(D. Mc Gwan, à Durban)

 

Partout, dans le droit des peuples,

existe le mot "pays"

Nulle part le mot "planète"

(ds un mail)

 

Assise dans le fossé,

elle mâche un brin d'herbe 

et regarde passer mes wagons de projets.

Sa manière de vivre...

le nom le plus secret de l'amour ! 

(Marie-1996)

 

"Entre être libre, ou rester calme,

il faut choisir"

(Thucydide - Ve S av JC) 

 

T'es loin d'êt' con,

mais y'a des fois où tu t'en rapproche...

(...Un ami !)

 

"Chaque mois, l'allumette se rapproche de la mèche..."

(J.Stiglitz. le triomphe de la cupidité - 2010)

 

C'était du temps où les mots

étaient du côté des choses...

 (M. Genevoix- En parlant de la guerre 14-18)


Mon métier, c'était vétérinaire,

Du moins je préfère le croire.

J’ai perdu  les enthousiasmes et les protections de mon métier,

Accessible à tout, je suis enfin libre.

  (Note - Mars 2001, à la retraite)

 

Tous les jours...

 

 

 

 

 

 

"Nous nommons notre régime Démocratie

car l’état s’y gouverne en fonction non pas d’un petit nombre,

mais de la majorité »

(Thucydide, II, 37)

 

"Ce qu'il y a d'encombrant dans la Morale,

c'est que c'est toujours la Morale des autres"

(Léo Ferré) 

 

"J'aime aller au marché

pour contempler toutes ces choses

dont je peux me passer."

(Socrate par Kornfield)

 

Certains préfèrent

le parfum de la rose à l'odeur du chou,

Ils pensent que sa soupe est meilleure...

(?)

 

 "Le bonheur ?...

Il vient souvent sonner à ta porte.

Seulement  voilà, toi t'es parti en visite,

dans tes projets, tes rêves,

tes peurs, tes illusions..."

(Marie -1998)