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La vie, c'est surtout les souvenirs qu'on en a. Vivre, c'est ce qui nous arrive quand on est absent, quand on est trop occupé à d'autres choses ! Donc prendre des notes, conserver des traces, trier les déchets pour pouvoir un jour m'étonner : "Mais bordel, comment suis-je donc arrivé là ?..." (Note 1991)

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Debout, l'crabe...

 

 

- Allez debout, l'père crabe, la mer monte !                                                  

La première nuit de bivouac, c'est chaque fois la même chose : Dès que j'commence à m'endormir, les oiseaux chantent et il est l'heure de s'lever ! 

Pas vous ?

 

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Piton de la Fournaise 1974Ouf, on arrive à la grand'route ! Enfin... 

 

La chienne et moi, on vient de traverser l'île (de la Réunion) du  Nord au Sud par le pire des itinéraires : Partir de la mer et remonter d'abord la pénible la Rivière de l'Est, ensuite c'est l'hallucinante traversée de la caldeira de la Fournaise puis la sortie par la rivière Langevin jusqu'à la mer. En marchant prudent, ce fut quatre jours en plein soleil, trois nuits glacées sans feu possible, avec une journée sans eau à boire; le genre de raid psychédélique qui se termine éreinté, la bouche brûlée et la chienne, patte en sang, portée sur la moitié du parcours.

 

Pas besoin d'expliquer qu'au fur et à mesure de la progression, pas après pas dans la lave coupante, la randonnée peut devenir soit une montée au Golgotha, soit une entrée à Babylone selon le degré de conscience épurée auquel on accède dans l'effort... En bref, un exploit absurde dont on ne se vante pas.

 

La grand'route est déserte. Pas facile de faire du stop avec une gueule d'outre-tombe, fringué comme un clochard couvert de poussière, avec un chien posé sur le haut du sac.

Même pas le temps de lever le pouce : A peine ai-je fais 300 m sur le bitume qu'une voiture s'arrête à ma hauteur. Qu'est-ce qu'il m'...  

 

- Vous êtes Monsieur Gaullier, le vétérinaire. Moi, je suis le chauffeur de taxi qui vous ramène chez vous.

- Hein ? ? ! ...

 

En parlant, le conducteur semble aussi perplexe que moi. Il m'explique que la course  a été retenue le matin même, et que le lieu et l'heure ont été confirmés il y a quelques minutes par téléphone. Il ignore par qui, et moi aussi : A qui dois-je l'aubaine de pouvoir soulager mes coups de soleil et mes lèvres éclatées plus tôt que prévu ? Qui, de mes connaissances, est à l'origine d'une telle initiative ? Je n'ai laissé mon itinéraire à personne capable d'une telle obligeance, j'en suis certain !...

 

Quelques semaines plus tard que l'énigme s'éclaircira un peu :

- Alors, la rivière de l'Est, vous la recommencez quand ? Et le jeune gendarme repose à terre le chiot que je viens de vacciner...

  

 Dans le Piton de la Fournaise, il n'y a pas de danger réel  hormis le brouillard soudain et les conneries que chacun y apporte. Mais les rares disparitions sont souvent dramatiques. Lorsque j'ai emprunté la rivière de l'Est, mon signalement a été donné par des agents du service des forêts qui se trouvaient en martelage dans le coin. Sans le savoir, je fus surveillé pendant 4 jours au titre d'un exercice improvisé de recherche. J'avais été observé depuis le bord de la caldeira ou du volcan, peut-être d'un hélico aperçu deux ou trois fois, et il y aurait eu 1 ou 2 pisteurs "militaires" en entraînement à 1 km derrière moi...

 

Ainsi, pendant 80 km quasi désertiques, je ne me suis absolument douté de rien...

 

 

St Joseph, septembre 1974. - En rentrant du volcan...

(Aujourd'hui, sur le même itinéraire, ce serait balise Argos ou Arva...)

 

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En réglant son compte à l'espace, le nomade freine la course des heures. Peu lui importe que passent les instants, puisque, obstinément, il les remplit des kilomètres qu'il moissonne. Opération d'alchimiste : il change le sable du sablier en poudre d'escampette. Il brise le cadran de l'horloge et se sert des aiguilles pour s'éperonner le cul. Le temps n'est pas un cheval dont on peut enrayer l'emballement en lui tirant la bride, il est donc préférable de le laisser galoper et de se venger de sa course en bouffant soi-même le monde. 

Au tic-tac de l'horloge, le voyageur répond par le martèlement de sa semelle.

Note - ?

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A l'instant sur Fr. Inter, un certain Fillon explique que l'éducation et l'emploi impliquent la sédentarité. Et donc que les roms, les tziganes et le nomadisme en général n'ont plus leur place dans le monde dit moderne actuel... En clair :

1)         Pour vivre selon l'UMP, vivons scotchés !

2)        Faut-il naître ou ne pas naître pour travailler toute sa vie chez les autres ? Se poser la question !

3)        La croissance économique de la France est-elle le devoir sacré de la vie d'un homme normal ? 

 

Comme baby boomer, je n'suis pas mécontent de m'être levé plus tôt que la génération suivante... C'est vrai qu'la mer monte !

 

 

 

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