La vie, c'est surtout les souvenirs qu'on en a. Vivre, c'est ce qui nous arrive quand on est absent, quand on est trop occupé à d'autres choses ! Donc prendre des notes, conserver des traces, trier les déchets pour pouvoir un jour m'étonner : "Mais bordel, comment suis-je donc arrivé là ?..." (Note 1991)
A Besançon en 1802 , le colonel Hugo se présente au bureau des déclarations de naissance :
- Et le prénom de l'enfant ?
- Victor, monsieur
- Bof, avec un prénom pareil, pas inoubliable !... soupire le rond d'cuir sentencieux.
Mais des années plus tard :
C'est le moment crépusculaire
J'admire assis sous un portail
Ce reste de jour dont s'éclaire
La dernière heure du travail.
Dans les terres de nuit baignées,
Je contemple, ému, les haillons
D'un vieillard qui jette à poignées
La moisson future aux sillons.
Sa haute silhouette noire
Domine les profonds labours
On sent à quel point il doit croire
A la fuite utile des jours.
Il marche dans la plaine immense,
Va, vient, lance la graine au loin,
Rouvre sa main et recommence,
Et je médite, obscur témoin,
Pendant que, déployant ses voiles,
L'ombre où se mêle une rumeur,
Semble élargir jusqu'aux étoiles,
Le geste auguste du semeur.
Ca a d'la gueule non ?
Evidemment, c'est pas du rap, ni la dernière de Diggard, ni d'la pub pour Monsanto !
Mais pour un plouc indécrottable, petit fils de plouc, ça m'parle !
Et le tableau ? Le réfectoire de mon enfance, chez les curés... Pfffffffff !