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La vie, c'est surtout les souvenirs qu'on en a. Vivre, c'est ce qui nous arrive quand on est absent, quand on est trop occupé à d'autres choses ! Donc prendre des notes, conserver des traces, trier les déchets pour pouvoir un jour m'étonner : "Mais bordel, comment suis-je donc arrivé là ?..." (Note 1991)

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L'Ordre et la Morale.

A l'occasion du tournagedu film "L'Ordre et la Morale" de M. Kassovitz sur l'affaire d'Ouvéa, l'occasion était trop belle de déclencher une chamaillerie comme on les aime dans une île, quand il ne se passe rien d'autre..

 

Personnellement, je n'étais pas à Ouvéa. 

Mais, en 1984, j'étais sur la Grande Terre avec les gens normaux. Et je voudrais rappeler un à-côté discret des "évènements" bien peu évoqué au milieu des passions (et de la trouille) générale.

 

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 ...quand je reprends la piste, un troupeau de chiens accompagne ma voiture jusqu'au portail. L'ouvrir, avancer ma voiture, refermer derrière moi et je repars tandis que les chiens s'en retournent vers la maison au petit trot. La poussière va retomber moins vite que le silence.

 

Comme la plupart des broussards, ces gens habitent la vallée depuis 2 ou 3 générations. Le village est à 8 km de piste pleine de trous. Le voisin le plus proche est de l'autre côté des collines, mais ils se sont fâchés depuis si longtemps... Le quotidien, c'est d'abord l'entretien d'un vieux pick-up et du groupe électrogène indispensable pour un minimum de confort. Pas de téléphone, ni télé, à peine de radio et le frigo à gaz.

Lui et sa femme habitent ici avec une aïeule. Les enfants ? Ils sont en internat ou à la ville. On les voit de moins en moins souvent ! Ils reviendront peut-être avec de petits enfants....

 

La vie et leur survie, c'est un troupeau de 150 vaches mères sur 300 hectares de pâturages médiocres. Au milieu, il y a un creek assez régulier, tout autour 5 ou 6 rangs de barbelés fermés au cadenas. Baigner, recenser le bétail, marquer et castrer les veaux ça ne prendrait que quelques jours dans l'année si il ne fallait pas veiller aux barrières, aux balancines, aux abreuvoirs... au braconnage des veaux par des gens de la ville en vacances ! Sur une station, il y a toujours un truc à faire, de la mécanique au jardin, de la chasse à la soudure. En quasi autarcie, on ne dépense pas beaucoup. Les bons du trésor et les sicav s'accumulent dans une boîte à biscuits...

 

Sauf imprévu, les jours s'écoulent tous identiques. L'évènement hebdomadaire, c'est d'aller au village : le courrier, du mazout, du riz, du café... Tout ça, c'est au comptoir Ballande ou à la boutique. On règle la note deux ou trois fois l'an, à chaque abattage. Pas de gros besoins. Quand on descend à Nouméa, c'est pour du grave : une pièce détachée, la banque, le notaire ou le médecin spécialiste ! Mais vite, il faut retourner bientôt à la station et refermer sur soi le portail avec le cadenas...

 

Grâce à la complicité de l'administration, ces familles ont construit les grandes fortunes locales. Des photos sépia exhibent encore le respect des anciens pour leurs exploiteurs d'antan. Aujourd'hui, ces "européens" anonymes sans vrai terroir,  ne sont que les vestiges échoués d'un temps révolu...

 

[...] A quelques kilomètres de là, c'est la tribu, un rassemblement complexe de familles et de clans. Toute l'année, c'est une succession de palabres, de fêtes et de deuils, de chicaneries et de rires. La loi coutumière assure la survie de tous (en même temps que les ambitions de quelques uns.) Au-delà, c'est selon chacun : un peu d'artisanat, de musique, de religion, de jardinage,... Les enfants et les bons moments sont à tout l'monde; les vieux et la mémoire sont aussi partagés. Alentour, de l'espace, peu de barrières, pas de cadenas. Ici, rien à voler, même pas l'esprit des morts et de la terre partout présents.

 

La tribu, c'est la sécurité, l'éducation, la convivialité de la communauté. Rien à y craindre, rien ni personne à envier, même pas le blanc là-bas, tout seul sur ses 300 ha, avec sa femme, ses chiens et son fusil entourés de barbelés. Pour les jeunes de la tribu, cette existence "à l'européenne" n'est pas plus attirante que celle du blanc "colonisateur" en soutane qui passe de temps en temps, et que les vieux accueillent avec déférence. Les jeunes rêvent d'un autre vie mais la tribu restera toujours le refuge ultime où ils seront sûrs de l'accueil et de l'aide  . 

  

C'est vrai ça : La brousse, c'est d'un côté, le broussard moyen, oublié par son pays et cloturé avec ses vaches. De l'autre, le canaque en tribu-refuge. Lequel des deux est le plus solidaire, quel destin est le plus enviable ? Et si, depuis trois mois, ils se menacent ou se canardent,  n'est-ce pas surtout par la crainte qui s'installe entre gens qui se connaissent et qui se ressemblent ?  Quelques stations du coin ont brûlé certes, mais pas chez n'importe qui. Pourquoi aucune des maisons de broussard les plus  isolées n'est détruite ?...

 

C'est ce paradoxe qui me saute aux yeux pendant que je roule vers Poindah pour éviter le barrage de Baco.

Chez Chimenti, je dois laisser de la poudre de lait, des journaux, du tabac, du whisky et des piles... J'ai une liste. On est en Novembre 1984. Ma voiture est bien connue dans l'coin, et je fais le colporteur pour les stations isolées...

 

- Prochain coup, me ramène pas d' whisky...  J' recommence à trembler et j'vais  finir par en tuer un...

(R. Marlier - Pouenloch 1984)

 

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(Mon avis) 

Ouvéa, ce fut d'abord une grosse connerie de l'Etat Major sous la pression politique et médiatique des élections nationales en métropole ! 

Ce massacre est survenu à la requête pressante des va-t-en guerre de Nouméa, les mêmes qui flippaient pour leur propres intérêts ! Pourquoi les européens de brousse se sentiraient-ils coupables des "crimes" imputables à des dirigeants locaux  qui, par ailleurs, les ont toujours méprisés ? C'est le script du film "L'Ordre et la Morale" 

 

Et pour demain se prépare un scenario sur la canonisation de Jacques Lafleur, avec Frogier comme ministre de Sarkosi et la nomination d'Elizabeth Nouar à l'Académie française ?

 

Pourquoi pas ?... Tant qu'à se faire un film...

 

 

 

 

 

 

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Commenter cet article
C
<br /> Ton analyse sur les causes de l'intervention d'Ouvéa me semble très partielle. Il faut tout de même ne pas oublier que cette intervention fait suite à l'assassinat de 4 gendarmes de la brigade<br /> d'Ouvéa tués à la machette et de la prise d'une vingtaine d'otages enfermés dans une des grottes de l'île.<br /> Au cours de l'intervention 2 militaires du 11ème choc sont tués ce qui montre peut-être que les kanaks preneurs d'otages voulaient en découdre.<br /> En 1984 peu de temps avant une bande armée kanak avait également violé une femme et sa fille de 16 ans devant le père tenu en respect un pistolet sur la tempe. Certes ce dernier était un gendarme<br /> ce qui peut peut-être aux yeux de certains minimiser les faits. Mais peut-être aussi que violer, tuer à la machette, prendre des gens en otage sont des actes qui font parti du culturel kanak.<br /> E 1985 l'adjudant Berne que je connaissais personnellement à également était abattu, mais bon, ce n'était encore qu'un gendarme. Je pense encore à son épouse et à ses petites filles jumelles…<br /> Les kanaks voulaient avant l'heure semble t-il résoudre le problème de la diminution du nombre des fonctionnaires en France. Finalement Sarko lui est un tendre…<br /> Ce que je remarque c'est que depuis Ouvéa il n'y a plus eu de problème de cet ordre. La méthode aurait-elle était efficace?<br /> <br /> <br />
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