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La vie, c'est surtout les souvenirs qu'on en a. Vivre, c'est ce qui nous arrive quand on est absent, quand on est trop occupé à d'autres choses ! Donc prendre des notes, conserver des traces, trier les déchets pour pouvoir un jour m'étonner : "Mais bordel, comment suis-je donc arrivé là ?..." (Note 1991)

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Sur l'îlot le Prédour.

Nouvelle-Caledonie_Cerf-rus.jpg

 

Août 1980.

Tout neuf débarqués en Calédonie, ça fait une semaine que ma compagne et moi nous emmerdons dans un studio de la flottille dès 4h du mat' à cause du décalage horaire.

Le matin, c'était encore le chant du cagou et la marseillaise nationale à la radio.  (En 1980, ça stupéfiait déjà les z'ors...)

 

Je me rends chaque jour au bureau pour ne rien y foutre ! J'ai perçu comme un vent de fronde autour de la caffeteria et, sans tout y comprendre, j'ai décliné le remplacement  du Dr Chaboeuf, chef du service vétérinaire sur le départ définitif du pays*. Maintenant  j'attends d'autres instructions quant à mon devenir. On en reparlera... 

 

Le bâtiment regroupe les directions de différents services ruraux, dont celui des forêts. Des cerfs crèvent anormalement sur l'îlot Le Prédour  et on me demande d'aller y voir de plus près.

 

A l'époque, l'îlot Le Prédour est la "réserve de chasse" officielle du Haussariat de Nouvelle-Calédonie". C'est comme qui dirait Chambord pour Sarkosi ou un boxon de la Gold-Coast pour Loueckotte ! L'ilot dépend directement du service des forêts : hôtes de marque, chasse aux gros** et parties fines, le service de Monsieur Kusser, chet du service, doit gérer tout, y compris la taille des massacres... pour les photos-souvenir républicaines ! Cela confère à Mr Kusser la respectabilité du grader (Pas du mec promu,  celle de l'engin derrière lequel y'a rien qui dépasse, sauf le ridicule !)

 

En arrivant sur l'îlot Le Prédour, le diagnostic de la mort des cerfs est évident : le surnombre et rien à bouffer. En abattre un ou deux pour bilan général (parasitisme, tiques, leptospiroses ?) c'est l'objet du safari auquel 4 ou 5 autres personnes ont été conviées, dont un sous-préfet, un avocat, un journaliste, tous membres sélectionnés du sérail des chasseurs émérites... (sauf moi)

 

On arrive sur l'îlot à midi. Dans le faré de réception, le personnel déférent et discret, a préparé apéro, repas, café et digestifs. A table, chacun d'y aller de son couplet d'aventures, d'exploits cynégét..., de bravoure – Le Kenya, l'Afrique du Sud, j'en viens et je simule un moment l'admiratif de circonstance avant d'aller retrouver le responsable du gardiennage et du peuplement de l'îlot. N'Dui est assis dehors face à la mer, sa gamelle sur les genoux. Il m'explique les cerfs en surnombre , les rats envahissants, les chats venu de la côte à la nage, la destruction des jeunes plantes et des oiseaux... Voilà un type normal et observateur, sans formation spéciale. Mais il est canaque et on est en 1980...

 

Non-chasseur, je prends place à côté de N'Dui, dans la cabine du pick up. Les virtuoses du calibre sont dans la benne avec les armes exhibées avec ostentation pendant le repas : Savage 270,  Midland Sporter avec Bushnelle 585, Mauser 66S, Mannlicher... Pour moi, que du lourd à éléphant ! Un cerf calédonien fait 60 kg de moyenne. Et ceux de l'îlot... moins de 50 ! D'ailleurs les voilà qui descendent des pentes sèches et s'approchent confiants au bruit, du camion comme pour de la bouffe...

 

Reçu dans la cabine, le bruit d'une détonation s'imprime en force dans les tympans. Et je n'ai pas assez de mains pour me protéger simultanément du bruit et du spectacle à 50m devant le pick up : Un cerf s'est échappé en traînant ses intestins, un autre colonne brisée, s'enfuit sur les pattes de devant, un autre et là, encore un autre se débat par terre : un faon de 5-7 kilos !

Et la fusillade continue. Ca détonne, ça geint, ça crie, ça s'exclame, ça gémit... Dans la benne là-haut, ça vire à l'hystérie !

 

De la chasse, ça ?

Je bondis du pick up. Pas besoin de gueuler beaucoup, je me souviens d'un "Arrêtez, merde ! Ca suffit..." ma voix en police 25, caractère gras avec la tronche de circonstance pour souligner ma détermination. Personne n'a cru que je bluffais car j'avais à la main le Simplex à un coup qui était derrière les appuis-tête du pick up. J'ai rendu le fusil à N'Dui qui a sorti 4 cartouches de sa poche. Sans même tourner la tête vers son chef de service, il a achevé proprement les 4 cerfs, y compris un fuyard.

 

Dans la benne, pendant plusieurs minutes, pas un mot.

(Notes Août 1980 re-écrites 2005)

 

 Ni pendant les 5 ans qui suivront. Le sous préfet, le journaliste, le chef des forêts, personne ne se seront pas vanté de ces frasques puisque, 3 jours après, j'ai signé un contrat de 3 ans....

  

Et puis j'ai oublié l'anecdote : des connards pareils ne sont pas endémiques à la Calédonie ! Pire que ça : A part l'agent forestier, tous étaient des z'ors... (Rire) 

 

"That's all, folks !.. ".

 

*J'en ferai un article...

** Au gros cerfs, pas aux gros cons !

*** Je suis pour le contrôle des populations animales et humaines nuisibles... par des gens intelligents !

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