La vie, c'est surtout les souvenirs qu'on en a. Vivre, c'est ce qui nous arrive quand on est absent, quand on est trop occupé à d'autres choses ! Donc prendre des notes, conserver des traces, trier les déchets pour pouvoir un jour m'étonner : "Mais bordel, comment suis-je donc arrivé là ?..." (Note 1991)
... Un souvenir venu de nulle part, comme tout ce qui est
proche.
- Dis donc, tu n'vas pas sortir comme ça, disait ma grand'mère, vas donc te passer un coup d'peigne dans les cheveux...
Avant de partir à la communale, je me soumettais sans rien dire à son inspection bienveillante. Elle rattachait les lacets de mes galoches dont je ne savais pas faire les boucles. S'ils se dénouaient, c'était l'humiliation de l'aide d'un plus grand, car je devais absolument courir en traversant le pré du Gratien (Son taureau n'aimait pas les gosses... selon une rumeur)
Plus tard, en attendant le train, je nous revois, moi vêtu rustique, sac à dos et
grosses godasses. Et ma grand'mère moqueuse : Tu n'vas pas partir comme ça
?... L'apparence, c'est le reflet de l'âme, disait-elle. Moi je ne disais rien, je n'avais pas les mots justes.
Depuis ces temps-là, quand trop d'espoirs ou d'impossibles me pèsent, je m'assois un moment, à côté de moi : Eh là mec, tu t'es vu ? Tu n'vas pas continuer
comme ça...
Ma grand'mère a passé son existence à soigner l'apparence des autres. Elle repassait les linges délicats du village. Ses mains noueuses violonnaient du gros fer à charbon que je redoutais. Elle l'approchait de sa joue avant de caresser la chasuble du curé ou une robe de mariée. Pour quelques francs.
Après deux guerres mondiales survint l'ultime désespoir de Mémé : L'invention du nylon...
Maintenant, j'ai du temps. Et aussi une télé pour m'affliger du monde.
Grand'mère avait une Conscience. Et aussi le silence pour entendre son Dieu. Elle me voyait mal en pension chez les curés, mais un peu de bénédictin ne nuit pas, disait-elle...
Entre le rien qui enchante et le trop qui anéanti, elle m'a dévoilé les petits bonheurs que l'opulence ignore. La sobriété exige beaucoup de soins et d'attention à
nous-même. L'attention naît de l'amour. Et l'amour, c'est... une grand'mère invisible qui, occasionnellement, me tape sur l'épaule : Dis donc,
espèce de salaud, tu n'croyais tout d'même pas t'en sortir comme ça !
Tiens ! Pas plus tard
qu'hier...
(Octobre 2010)
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Tiens, une dernière à l'instant !
Frogier à la radio : La moitié de la jeunesse calédonienne a moins de 25 ans...
Et l'autre moitié, elle a quel âge ?...