La vie, c'est surtout les souvenirs qu'on en a. Vivre, c'est ce qui nous arrive quand on est absent, quand on est trop occupé à d'autres choses ! Donc prendre des notes, conserver des traces, trier les déchets pour pouvoir un jour m'étonner : "Mais bordel, comment suis-je donc arrivé là ?..." (Note 1991)
Je me suis toujours arrangé pour habiter un coin un peu paumé. Toute la journée en godasses blindées et en voiture casse-gueule = besoin de relax pieds nus, semi à poil et au silence. En débarquant ici, il y a dix ans, il m'est arrivé de rester assis immobile pendant une heure aux oiseaux....
Mais la nuit, l'aboiement des chiens, en vadrouille ou à domicile, ça s'entend à des kilomètres avec double écho dans le vallon. Un peu de lune et le moindre de mouvements, ça les inspire, tandis que leurs propriétaires ronflent impavides à 20 m de là. Il faut savoir qu’habituellement, quand un broussard dort et qu'un vol de roussettes passe à 1 km, il dégaine le 12 tel Lucky Luke...
Alors, question existentielle du reclus énervé dans son lit : Les hurlantes des chiens (ou les gueulantes de sa femme) sont-ils les sédatifs naturels du broussard d'origine ? Pendant des heures, je crise ! D'autres que moi aussi d'ailleurs, d'où les empoisonnements en rafales de chiens mal éduqués...
Une nuit, insomniaque et excédé, je décide de passer à l'acte ! Siffler et seller Mutin pour rejoindre le chemin en terre qui serpente sur 1 km entre les maisons. Et là, faire le plus de fracas possible pour provoquer les meutes et réveiller tout l'monde. Action : grand galop sous la lune, le vent dans les oreilles, les ferrures en étincelles sur les pierres et une dizaine d'allers-retours à marteler le sol des quatre...
Au premier passage, silence général de stupéfaction. Mais ensuite, pour foutre du bordel, bingo ! Les gros chiens en vadrouille et les petits dans les chambres, tous se mettent à hurler, comme d'Johnny au Stade de France !...
Quand le jour s'est levé, les gens aussi :
- Salut voisin, t'as rien entendu cette nuit ?
- Bîîîn non ! Pourquoi ?...
Alors, Mutin* en sueur garé paddock, j'ch'uis allé dormir...
Plus tard, à l'insu de leurs maîtres, j'ai négocié avec le syndicat des chiens braillards. On a trouvé un compromis. Certaines nuits de lune, le vallon détonne d'un Vos gueules, les chiens retentissant... Silence pendant une demi-heure, minimum syndical !
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* Son nom total, c'est "Mutin des Collines de bois noirs" déposé à l'UPRA
- Ca fait classieux, tu trouves pas ? (J. Gabin dans Le Horla)