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La vie, c'est surtout les souvenirs qu'on en a. Vivre, c'est ce qui nous arrive quand on est absent, quand on est trop occupé à d'autres choses ! Donc prendre des notes, conserver des traces, trier les déchets pour pouvoir un jour m'étonner : "Mais bordel, comment suis-je donc arrivé là ?..." (Note 1991)

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Cheetahs on the edge

 

 

Il est mort aujourd'hui, à 93 ans. Il me devait encore 130.000 cp...

 

Quand j'ai commencé à bosser en Calédonie, je les ai tous rencontrés, les uns après les autres, les Berton, les Mennesson, les Delouvrier, les Renard... tous ces hobereaux de brousse, gros propriétaires terriens, forts en gueule, bardés de certitudes et de suffisance. Ils m'ont impressionné quelques temps, au début, car par la suite je les évitais ayant le plus souvent affaire à leurs employés ou aux contremaîtres auxquels je m'adressais ostensiblement. Mais certaines rencontres étaient inéluctables, pendant les week-ends quand ces gens venaient jouer aux gentlemen-farmers avec des amis (parfois en hélicoptère...)

 

arabian horse paint 1JP Leyraud était de ces vieux "coloniaux", rusé en affaires, âpre aux bénéfices et vivant  à l'ancienne – y compris les histoires de cul. Il avait sa manière à lui de chier sur la gueule de tout ce qui lui résistait, y compris sur ses enfants, son personnel et sur le fisc. Créateur des "Nouvelles Calédoniennes", concessionnaire Ferrari, il avait mis ses billes dans une propriété de 500 ha à 30 km de Néa où se reproduisaient des chevaux arabes (de toute beauté) importés d'Australie à grand renfort de pub... Quand il a vendu le journal –près de 600 millions – au groupe Hersant, il avait refusé de payer les impôts locaux sur la plus-value sous le prétexte fallacieux que la transaction avait eu lieu en Australie. Son fric était resté là-bas. L'anecdote avait fait grand bruit à l'époque, mais personnellement je ne savais rien de ces aléas fiscaux; je ne m'occupais que de ses chevaux avec passion. Ce fut l'occasion de confrontations inénarrables entre les décisions les plus fantaisistes du propriétaire et les nécessités les plus élémentaires de l'élevage. Passons... ! (Voir ailleurs)

 

... Mr Leyraud n'avait pas d'argent disponible en Calédonie; il ne pouvait donc pas me régler cette facture déjà fortement réduite au prix coûtant : J'avais castré 21 chevaux adultes de sa station, soit trois journées au soleil, en sueur et sans aucune casse. A 12000 cp chacun en 1990 (Aujourd'hui, la castration d'un cheval approche les 110.000 par tête pour le même boulot) je me retrouvais avec une ardoise considérable sans compter la colère. En ce samedi matin, toute la concession Ferrari de Ducos avait résonné de ma rogne ! Et quelques jours plus tard, je débarquais avec un van et un ami sur sa station. Prévenu de mon hold-up imminent, et sans doute pas très à l'aise, Mr Leyraud m'avait fait parvenir une avance de 100.000 cp en liquide au moment même où je quittais la propriété avec dans le van un petit arabian pony, un étalon superbe qui m'avait tapé dans l'œil. Je m'apprêtais à repartir avec ce cheval pour solde de tous comptes.

On me ferait parvenir le complément au moment venu... Je n'en ai plus jamais entendu parler et cette histoire de cornecul s'est arrêtée là.

 

Avec le temps, l'élevage du Mt Mù s'est détérioré peu à peu; j'y ai vu des animaux délaissés et mourir d'inanition, bla bla...

 

JP Leyraud, cette tête de cochon, butée, prétentieuse et susceptible, s'est donc éteint aujourd'hui. Dire qu'une page de l'histoire du pays s'est tournée, ce serait méconnaître ce qui anime encore l'arrière-cour des débats politiques et la violence familiale occulte qui font encore la "Une à sensations" des Nouvelles Calédoniennes...

(10 décembre 2012) 

 

 

 

 

 

Ci-dessous les installations et la technique...

 

 

 

Et le résultat à 1200 images/seconde. et une pointe à 117km/h...

 

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P
A propos des figures calédoniennes<br /> voici ce texte adapté des cahiers d'Aimé Césaire rédigé à la mémoire de Max Chivot qui s’est éteint à l’âge de 63 ans.<br /> <br /> Partir…<br /> Comme il y a des hommes blancs et des hommes canaques,<br /> tu étais pour les uns, tu étais pour les autres, un homme,<br /> celui des caféières ; celui des comptoirs ; celui qui vote ou celui qui-ne-vote-pas ; l'homme-éconduit, l'homme-ignoré, l'homme-torturé.<br /> 
 Pouvait-on te saisir ? pouvait-on te comprendre ?<br /> Tu possédais le secret des communications,<br /> Je te dirais fleuve aux immenses méandres,<br /> Je te dirais tornade,<br /> Je te dirais feuille, arbre,<br /> Je serais mouillé de tes pluies, de tes rosées,<br /> Je roulerais comme toi sur le courant des mots au gallot des chevaux,<br /> à la course des fous de celle des enfants ignorant le couvre-feu,<br /> allant toujours plus loin.<br /> Qui ne te comprendrait pas, ne comprendrait pas davantage l’aberration des lois.<br /> <br /> Et vous fantômes montrez vous ! engorgés de chimie pénétrant le lagon, anéantissant la forêt, rendant nos chairs pourries, recouvrant la nature d’un linceul découpé dans ce qui reste de la peau des<br /> hommes.<br /> Aurai-je des mots assez vastes pour vous contenir ?<br /> Et toi terre tendue, terre saoule, terre grand sexe levé vers le soleil,<br /> terre grand délire de la mentule des hommes voulant devenir dieu.<br /> terre sauvage montée des resserres de la mer avec dans les yeux la sève de l’Exoecaria ! Une gorgée de son lait aveuglant et je découvre en toi ce mirage, rendant plus doré le soleil, plus rouge la<br /> terre, où tout est libre et fraternel,<br /> Ta terre, couverte d’une folle forêt que ne connaissent plus les hommes.<br /> <br /> Partir... ton coeur bruissait de générosités empatiques.<br /> Tu viens, lisse et jeune, d’un pays dont la poussière a fait ta chair.<br /> Tu as longtemps erré et reviens pour soulager la hideur de nos plaies »<br /> Max tu viens à ce pays ta terre et tu lui dis,<br /> « Embrassez-moi sans crainte... si je ne sais que parler,<br /> c'est pour vous que je parlerai »<br /> Max tu lui dirais encore,<br /> « Ma bouche sera la bouche de ceux qui n’ont point de voix,<br /> elle sera celle de la liberté,<br /> et celle qui estompe les limites de toutes nos espérances »<br /> Max tu nous a montré biens des chemins,<br /> menant les uns à milles lieues par d’autres voies,<br /> leur permettant enfin de parvenir avec les autres.
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