La vie, c'est surtout les souvenirs qu'on en a. Vivre, c'est ce qui nous arrive quand on est absent, quand on est trop occupé à d'autres choses ! Donc prendre des notes, conserver des traces, trier les déchets pour pouvoir un jour m'étonner : "Mais bordel, comment suis-je donc arrivé là ?..." (Note 1991)
Et c'ui-là... l'est mort de quoi ?
... Pas cinglé du coup d'chasse, ni très amateur de plage, je voyais venir le samedi comme une ou deux heures de sommeil de plus ou d'un peu de remise en ordre dans la voiture... Ce
programme ne se réalisait pratiquement jamais à cause de l'urgence !...
Ce samedi-là, un éleveur était venu directement à mon domicile très tôt . Dans la benne du pick up, ses deux chiens convulsifs. Salivation, mydriase, diarrhées = intoxication aux O.P. Vite, à la clinique ! Là, d'autres voitures attendaient déjà : des gens du village ou de passage avec des chiens de chasse, de ville, de bétail, de compagnie, de tous les formats ! A 9 h du matin, j'avais traité une dizaine d'empoisonnés. Beaucoup ne mourraient pas, mais tous montraient les mêmes symptômes avec différents critères aggravants : l'âge, la filaire, la taille... Base du traitement : atropine & contrathion en IV...
A 17 h, j'en étais à la trentaine... et à court de Contrathion – Aller me ravitailler chez un confrère à 110 km. Il y aura encore quelques cas le lendemain dimanche...
L'empoisonnement collectif et délibéré ne faisait pas de doute. Inutile d'évoquer l'ambiance houleuse sur le parking ce jour-là : ça allait de la procédure légale au coup d'fusil par contumace, chacun y allait de son idée sur le coupable.
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Presqu'un an plus tard, un début d'après-midi, un gars débarque au bureau :
- Vous avez du temps ? J'voudrais vous montrer... Non, on prend ma jeep, j'vous emmène
Le type n'est pas un client habituel. Il habite à 15 km de piste vers le fond de la vallée.
Un quart d'heure plus tard, la jeep cahote dans l'herbe haute. D'un cadavre à l'autre : Que des jeunes veaux de moins de quinze jours, une douzaine dont trois ont été abattus au fusil par humanité. D'autre simplement mordus. Pas de doute sur une attaque de chiens* en meute la nuit dernière. Bilan en quelques heures de tuerie : 700.000 CFP de l'époque (1983) soit 5500 €
- J'ch'uis désolé, docteur, mais y'va encor' falloir que je recommence, comme l'an dernier...
- J'te comprends. Merci d'm'avoir prev'nu...
J'ai pu faire le plein d'atropine et de chélateurs...
*Ah oui : Il n'y a ni ours ni loups sur l'île... Ni subventions