La vie, c'est surtout les souvenirs qu'on en a. Vivre, c'est ce qui nous arrive quand on est absent, quand on est trop occupé à d'autres choses ! Donc prendre des notes, conserver des traces, trier les déchets pour pouvoir un jour m'étonner : "Mais bordel, comment suis-je donc arrivé là ?..." (Note 1991)
Avant-hier, dans la nuit de Vendredi à Samedi, les chiens des voisins, d'habitude silencieux, se mettent à aboyer. Je les connais, ils ne sont pas comme d'habitude, pas en colère, pas d'urgence. Ils gueulent moderato et sans arrêt.. Un rôdeur ? Je sors de mon bouquin. Il est 2 h du mat'. Dehors, tout est calme. Soudain, entre deux coups d'vent dans les arbres, un petit cri plaintif (hiii hiii..) Sans doute un cerf, un petit cerf pas loin de la maison, peut-être à 20 m. Effectivement, dans le cercle de ma grosse lampe, un faon nouveau-né juste à côté e l'abreuvoir. Il a un cordon humide sous le ventre.A peine debout, il tremblote. J'éteins et retourne à ma lecture. La mère ne doit pas être loin...
Tôt le matin, un coup de fusil tout proche... Un seul.
Et la nuit dernière, dans le pâturage de l'autre côté de la maison, le petit cri (hiii hiii) , ...
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... Le sauvage, c'est du domestique moins les feux rouges.
Note 1974
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... Alors, vétérinaire, un médecin de la Nature ?
Pas vraiment.
J'interviens toujours dans des conditions hors sol et pour des objectifs très humanisés - y compris la compassion. Paradoxalement, et du fait de mes interventions, petits ou grands animaux, même réputés sauvages, n'appartiennent plus à la nature. Aider un poulain à naître est antinaturel. Rendu à son milieu d'origine, l'animal réparé par mes soins ne retrouve qu'un statut affectif, économique ou … décoratif !
Noé avec des animaux choisis par paire dans son arche serait-il un précurseur de l'eugénisme, du malthusianisme, voire de la manipulation génétique ?…
Note - 1992
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La Panthère de Rilke
Son regard, à force d'user les barreaux
s'est tant épuisé qu'il ne retient plus rien.
Il lui semble que le monde est fait
de milliers de barreaux et au-delà, rien.
La démarche feutrée aux pas souples et forts,
elle tourne en rond dans un cercle étroit,
c'est comme une danse de forces autour d'un centre
où se tient engourdie une volonté puissante.
Parfois se lève le rideau des pupilles
sans bruit. Une image y pénètre,
parcourt le silence tendu des membres
et, arrivant au coeur, s'évanouit.
Poème de Rainer Maria Rilke - Mars 1907, au jardin des plantes à Paris
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