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La vie, c'est surtout les souvenirs qu'on en a. Vivre, c'est ce qui nous arrive quand on est absent, quand on est trop occupé à d'autres choses ! Donc prendre des notes, conserver des traces, trier les déchets pour pouvoir un jour m'étonner : "Mais bordel, comment suis-je donc arrivé là ?..." (Note 1991)

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Le cadenas et le pick-up...

 

 

 

Le père Chimenti et sa famille habitent au fond de Boutana, 17 km de piste merdique depuis Pouembout. Sans radio ni téléphone. Ca fait deux fois que je me heurte au portail enchaîné : A-t-il encore changé le cadenas ?...

Ce matin à la Poste, Chimenti m'explique :

- Tu comprends... Comm' ça, on est tranquille !...
  Etre tranquille ?

Chez Chimenti, le dernier dérangement intempestif doit se situer vers 1945, quand un avion américain est tombé dans Forêt Plate, à 1km de là ! 

Qui préviendra les Chimenti que la guerre est finie ?...

(Pouembout- Nov.1982)


En brousse, telle que j'y ai travaillé, il y avait deux objets allégoriques : Le cadenas et le pick-up.

(Hum... j'aurai pu ajouter le portail, le chien bleu, la boutique ou le "double-narine"...)
 
(Sur les cadenas, plus de 5 pages de notes...)

  
Vieux cadenasL'accès  à une propriété passe souvent par une piste commune à plusieurs riverains. Dès le premier portail, les cadenas sont agglutinés les uns dans les autres. De la vieille pièce made in Viêt-Nam 1938, au truc à code (5 lettres et 3 chiffres) le cadenas était une signature qui témoignait autant du raffinement technique que de  la méfiance roublarde de son propriétaire...
  
Sous mon siège passager, toujours la boîte à clés étiquetées (jusqu'à 28 différentes) Et dans mon agenda, la listes des codes divers – A remettre à jour selon les oublis, les huissiers, les divorces, les engueulades de voisinage*, les pertes...
Il m'est arrivé d'utiliser 3 clés différentes pour parvenir enfin chez un seul propriétaire... (Pouenloch)

Au téléphone, toujours le même rituel :
 - Hé ! Tu m'laisses les portails ouverts ?... (ou) T'as pas changé d'clés ?
- Pas d'problème, chef...
 En aucun cas une garantie !
  
Ouvrir avec la bonne clé m'assurait que j'étais sur la bonne piste (comme de suivre la ligne du téléphone) !
 
Plus qu'une sécurité relative, cet objet mythique était un signature et un code social qui avait toute sa liturgie...
Si soudainement, la clé ou le code ne correspondait plus, ça pouvait signifier :
 - Soit que l'éleveur ne voulait plus me voir pass'que j'avais dû lui dire une connerie...
 - Soit que sa note chez moi était insurmontable...
 
  

*Le père M. est en rogne : Il a foutu de l'Epoxy dans le cadenas de son voisin... (Voh – Ouelis, 1986)

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gibbon1Au petit parc zoologique, Victor* m'a fait la fête (et m'a aussi foutu la trouille !) Soigneur absent, vais-je revenir la semaine prochaine ? Ca fait déjà deux fois...

Quand je me suis approché, Victor m'a soudainement sauté au cou, la tête sur mon épaule. Et il s'est cramponné pendant que j'allais prendre la petite seringue. Pincer la peau, injecter 0,3ml ? Sa tête contre la mienne, je risque la morsure grave et... C'est fait. Victor ne me lâche pas jusqu'à ce qu'une gamine lui propose un truc à manger...

  Etang  Salé – juin 1972.

 

*Victor était un grand gibbon de montagne (25 kg). Les jours de fermeture du parc, il était en liberté : Un festival de pitreries ! La proximité de la mer lui déclenchait de violentes crises d'eczéma (?) qu'un peu de D...sone SC soulageait sporadiquement...

 


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