La vie, c'est surtout les souvenirs qu'on en a. Vivre, c'est ce qui nous arrive quand on est absent, quand on est trop occupé à d'autres choses ! Donc prendre des notes, conserver des traces, trier les déchets pour pouvoir un jour m'étonner : "Mais bordel, comment suis-je donc arrivé là ?..." (Note 1991)
Les souvenirs personnels ? Ca suffit pour un moment ! Les mettre en forme ramène la nostalgie, mais c'est surtout les coupures de l'OPT qui me foutent en rogne. De pire en pire. C'est un problème de réseau me dit-on... Argh !
Alors deux possibilités : Soit j'abandonne le plouc Sagamore dès le 31 décembre (et les crises qui vont avec), soit je me mets au Lexomil ou je laisse tomber l'eau minérale...
Mon premier souvenir de Noël ? Pas besoin de notes. C'est à la campagne sans la télévision, c'est de la neige propre, le vent dans les toits, les gros chevaux à l'écurie et le réveillon familial qui rapproche aussi les voisins. La table est garnie par deux jours de cuisine en commun. Les adultes, au coin du feu, n'évoquent surtout pas les jours d'autrefois car hier, c'était encore la guerre. D'ailleurs sur la cheminée, y'a les photos sépia des disparus...
Pour les gosses, Noël, c'est l'impatience et les contes lus à la bougie. J'y ai déciuvert les trois messes basses d'A. Daudet...
Et maintenant, pour ce Noël 2010 ?... Hum, il me faudrait trier dans du vécu, fouiller pour trouver un machin de circonstance...
Inutile ! Je la tiens, ma prose. Cà s'est passé à l'instant :
Samedi 18 décembre 2010 à Païta.
13 heures - Grosse chaleur pesante et immobile qui écrase le village désert. Descendu du Mont Mù, je me gare en épi, pas loin de la banque SG. A trois places de là, entre les voitures, un petit groupe de jeunes mélanésiens est assis sur le trottoir. Je redoute les gens en bande, gueulards et vaguement éméchés. Des souvenirs de nuit à Nouméa... et je me sens vulnérable. En passant à leur hauteur, je regarde droit devant car, hommes ou bêtes, j'ai appris à ne pas provoquer du regard. Je me dirige vers le TAB où retirer de l'argent. Soudain une voix :
- Bonjour Daniel...
Surpris, je me tourne vers les types, une douzaine de rastas assis par terre, la bouteille de coca (?) et la clope à la main... Qui m'a appelé ? Est-ce bien pour moi ? Un jeune gars se lève et s'approche :
-Tu m'reconnais pas ?
Non, ce jeune type (16-18 ans) ne m'inspire rien. Il poursuit :
- T'es venu chez mes parents à la tribu... à Atéou...
Atéou ?... 25 ans de ça, quand je bossais à Pouembout !
- ... et quand on a monté à ch'val au Poulain Ranch... avec l'école...
Non, je ne le remets pas. Le poulain Ranch, ça ne fait que 5 ans, et j'ai beau cligner des yeux, ce gosse chevelu, pieds nus sur le bitume, un peu déchiré ? Non...Faut dire que je n'ai pas tous les visages de ma vie à l'oral. Alors le jeune homme évoque des anecdotes plus précises, d'abord pour moi mais aussi pour ses potes qui nous observent, silencieux. J'ai beau essayer de l'imaginer en gosse, décidément... non, mais ne rien laisser paraître. C'est sûr que ce garçon me connait. Quelques minutes après, en nous serrant la main, je précise :
- ... et bon Noël à toi !
Quand je reviens du TAB en repassant devant le groupe, quelques jeunes sont debout :
- Bon Noël, monsieur !
En tournant la clé du contact, j'étais un "vieux colonialiste"... plutôt ému !