La vie, c'est surtout les souvenirs qu'on en a. Vivre, c'est ce qui nous arrive quand on est absent, quand on est trop occupé à d'autres choses ! Donc prendre des notes, conserver des traces, trier les déchets pour pouvoir un jour m'étonner : "Mais bordel, comment suis-je donc arrivé là ?..." (Note 1991)
Tout avait commencé...
- Alors quoi, Monsieur l'sous-l'préfet, tout ce bordel, c'est la guerre d'Algérie ou c'est Mai 68 ?...
A Pouembout en 1984, barrages, embuscades mortelles et maisons brûlées, mais impossible d'obtenir des infos fiables. Même le sous-préfet restait évasif. Prudent, j'avais donc trouvé un fusil à pompe et scié le canon pour qu'il se loge dans la portière ou qu'il s'exhibe ostensiblement sur le siège de ma bagnole. A quelques occasions et sans d'usage réel, ce truc s'est avéré dissuasif et vaguement rassurant.
Et puis les années ont passé. J'avais donné ce fusil à un ami paisible mais fin bricoleur en cartouches de gros sel quand le voisinage lorgnait trop souvent sur ses letchis et ses porcs...
Quelques années plus tard, en ignorant qu'il restait une cartouche inoffensive dans le canon, la détonation avait secoué la cuisine et j'en avais conservé une putain de sifflement d'une oreille. Après divers examens, l'ORL a été formel : c'était trop tard pour traiter un acouphène inextinguible ! Puis, en examinant le "potentiel auditif évoqué", le praticien me demande :
- Dis donc Sagamore, t'as pas des problèmes pour entendre l'anglais ?
La belle découverte ! Evidemment que j'ai des problèmes pour entendre l'anglais, et même que ça dure depuis que je suis gosse. L'anglais, je le lisais couramment et autrefois, je l'écrivais plutôt bien.
I wander lonely as a cloud
That floats on air, over vales and hills
When all at once, I saw a
crowd, a host of golden daffodils…
(Y'en a 1 pages... de mémoire !)
Mais à l'oral, c'est carton rouge... Sagamore comme Beethoven, qui lisait la musique mais ne l'entendait pas : On me parle en anglais, et j'entends des mots entrecoupés de flatulences de baignoire (sauf parlé par un français.)
D'où les contresens aux exams, les situations cocasses à l'étranger et mon silence prudent dans certaines situations ambiguës...
Mais quel rapport entre le flingue et l'anglophonie ?
Aucun. Sauf qu'il m'aura fallu attendre 50 ans pour apprendre que cette tare m'est acquise d'origine : Si j'entends mal l'anglais, c'est de naissance ! Et statistiquement, je ne serais pas un cas rare. (Non, la nullité de Sarkosi en anglais, c'est aut'chose...)
Comme quoi, si votre gosse est mauvais à l'oral en anglais - alors qu'il est plutôt bon à l'écrit - faites-lui donc vérifier le PEA (potentiel auditif évoqué). Si ça n'est pas curable sans appareil, ça lui évitera les cours particuliers, les engueulades de fin de trimestre ou le ridicule avec les filles ?
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Dagmar, hormis l'auteur, je ne me souviens plus du titre de l'ouvrage où j'ai noté le texte de l'article précédent. Néanmoins je sais qu'il existe une
version bilingue anglais-français de Leaves of grass de Walt
Whitman. Je crois même en avoir un exemplaire quelque part dans mon bordel...