La vie, c'est surtout les souvenirs qu'on en a. Vivre, c'est ce qui nous arrive quand on est absent, quand on est trop occupé à d'autres choses ! Donc prendre des notes, conserver des traces, trier les déchets pour pouvoir un jour m'étonner : "Mais bordel, comment suis-je donc arrivé là ?..." (Note 1991)
(Une brève mais abondante pluie d'étoiles filantes ds la nuit du 8 au 9 octobre 2011, surtout ds l'hémisphère Nord)
Sur not' Caillou, 'parait qu'la révolution est en marche (Euh...la numérique !)
Très bien, mais la réalité quotidienne transcende souvent le virtuel de studio...
Ainsi, la série "Louis la brocante " me ramenait à ce souvenir que je croyais paumé dans mon inextricable borde... dans mes vicissitudes informatiques :
"En Calédonie, élever un ou deux chevaux de course n'est pas signe extérieur de richesse. Christian M. est un passionné du crottin de
compétition, comme nombre d'éleveurs broussards. Bricoleur peu fortuné, il entraîne ses deux trotteurs en amateur et ne rate pas une réunion. Aussi a-t-il aménagé
son vieux 1100kg Citroën en van de transport à 2 places - la porte arrière modifiée devient pont de chargement et porte-sulkies. Les chevaux ont rapidement pigé qu'embarquements et
débarquement sont promesses de sorties sportives ou de bouffes copieuses. Le bruit du moteur ou un simlple geste de Christian en décide...
Ce jour-là, Christian avait embarqué son (futur) crack et celui d'un voisin aussi raide dingue de courses que lui. (Faut dire qu'assis dans un sulky derrière un cheval lancé au trot, c'est inoubliable !) Et donc, ce matin-là, en route vers Bouloupari. Et retour le soir même - un peu gai - à la nuit tombée : D'abord débarquer prudemment le cheval du voisin à son écurie. Peu accoutumé à reculer dans le noir, l'animal hésite et l'opération traîne tandis que le cheval de Christian, resté à bord, sent la gamelle, s'échauffe et n'a qu'une hâte : débarquer lui aussi. Et vite. Soudain, entendant la porte se refermer à l'arrière, le cheval énervé tente de sortir... par la porte de devant ! Il passe les antérieurs par-dessus la grosse barre qui sépare la cabine des stalles, se prend dans la longe et il reste coincé là, en suspens, la barre sous le ventre. Les deux sabots sont posés sur le siège du conducteur tandis que la tête pliée, s'appuye dangereusement contre le pare-brise...
Quand j'arrive sur place, la situation est cocasse, puis inquiétante : l'animal comprimé montre des signes évidents d'asphyxie. La tête a été libérée. Reste une seule solution : découper le camion autour du cheval et vite ! Action : Chacun va chercher de l'aide, de grosses cisailles, des chalumeaux...
Après une IV ajustée*, je maintiens la tête du cheval protégée avec un bout de contreplaqué. Sifflements des engins, odeurs de métal chaud, raffut général, gerbes d'étincelles. Des voisins ont installé la lumière et apporté des matelas de mousse pour cuirasser la bête : Découper la tôle au ras du poil sans cramer la peau, ça suppose d'y voir clair et de se contorsionner dangereusement. J'entrevois Christian, accroupi entre les jambes de son cheval, chalumeau en main. Pour atteindre le bas de la caisse par l'intérieur, il est à portée d'un mauvais coup réflexe. Mais y'a pas que : Surtout ne pas enflammer la paille ou l'essence... Une trentaine de personnes s'agitent alentour, dans l'obscurité. Qu'ils se magnent ! Le cheval anoxique dégouline de sueur, son oeil près du mien devient indifférent et sa tête pèse de plus en plus sur mon épaule... Tout autour du camion, les sièges en morceaux, des planches, des tôles coupantes jonchent le sol. Ne pas se blesser...
Vers minuit, le cheval abasourdi chancelle debout, les naseaux dilatés. Christian le libère, et le trotteur rentre chez lui en titubant sur 500m... Au fond du camion fumant, quelqu'un a retrouvé une caisse de bière encore tiède. On est tous épuisés mais rigolards, et les conneries ne tardent pas à fuser :
- Hé, Christian, la prochaine fois, ton ch'wal, tu l'mets direct su' l'siège passager...
- Ouais, et t'oublies pas sa ceinture... l'encul...
Demain, on y verra plus clair (du moins ceux qui avaient des lunettes fumées**)"
(Notes – Juin 1997)
*... une de mes analgésies les plus délicates compte tenu de l'état de l'animal et de l'effet analeptique escompté : Le garder calme mais ne surtout pas l'endormir complètement...
**A fixer la flamme d'un chalumeau, il y a gros risque d'une ophtalmie très douloureuse (Je connais...)
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Vous souvenez-vous du générique de "2001, Odyssée de l'espace" ?...
(Je trouve toujours ces films de BBC life... d'une grande beauté !)
... Sur une carte postale que j'ai apportée, il examine attentivement une assiette de crevettes :
- Ca se mange ça ?... Combien ?...
- Une douzaine, par personne...
Il me regarde étonné, puis il lève un pouce et se marre :
- Chez nous, un seul buffle, c'est pour 80 personnes !
(Sous entendu, une seule vie...)
Pokkara (Népal) – Coopérative tibétaine (1996)