La vie, c'est surtout les souvenirs qu'on en a. Vivre, c'est ce qui nous arrive quand on est absent, quand on est trop occupé à d'autres choses ! Donc prendre des notes, conserver des traces, trier les déchets pour pouvoir un jour m'étonner : "Mais bordel, comment suis-je donc arrivé là ?..." (Note 1991)
Sheïtan est une chienne bas-rouge de 5 ans (Bas-rouge = Chien beauceron dont les 4 pattes sont couleur feu.) Comme tous les bergers en activité, elle a le regard essuie-glace : un coup d'oeil à droite sur le maître, coup d'oeil à gauche sur le troupeau... ou sur l'objet à surveiller. Pas besoin de dressage, Sheïtan est gardienne de naissance comme d'autres naissent politicards, fort en thèmes ou bons à rien ! C'est une chienne parfaite sous tous rapports, à un détail près : quand on lui confie un boulot, elle ne laisse pas tomber facilement car Sheïtan est une perfectionniste capable de rester deux heures assise seule près d'une valise sur un trottoir du centre-ville ou d'empêcher les enfants de son maître de monter dans le bus scolaire si un parent n'est pas présent...
On m'a confié Sheïtan pour quelques semaines. Je l'emmène en visite ce qui m'évite de fermer ma voiture ou ma maison à clé. J'ai observé Sheïtan dans beaucoup de situations étonnantes où elle a su montré son initiative (parfois malheureuse) et les finesses de la "psychologie" du chien de berger en général : Je lui confie ma voiture et... parlementer dix minutes pour revenir y prendre un truc !
Mais cette fois-là, j'ai été dépassé...
Ses propriétaires sont de retour et vint le jour de la séparation. Comme je devais aller à Langevin, je me proposai de ramener la chienne à son domicile. Je l'embarquai donc sur le siège arrière de la R6... On est en pleine saison de la coupe des cannes à sucre. Chacun connaît le rituel saisonnier. Sur la route que je pratique quotidiennement, des convois de charrettes lourdement chargées avancent au pas des bœufs.
... Le chargement était tiré par trois bœufs en ligne. A la sortie du virage la visibilité est bonne et, après l'avoir doublé je ne me rabats pas assez
vite, alors même que la ligne jaune est encore continue. Ce qui n'échappe pas aux motards en poste à une centaine de mètres. L'un d'eux me fait signe
de me ranger :
- Gendarmerie nationale... bla bla...
Le gendarme enlève un gant et pose négligemment sa main sur la portière. En me penchant vers la boîte à gants pour prendre les papiers du véhicule, je libère l'espace entre la vitre ouverte et la gueule de la chienne sur le siège arrière. Pour elle, l'occasion était trop belle, et comme à son habitude, la chienne n'a pas prévenu de l'attaque. A peine le temps de m'interposer, l'homme est mordu et la colère de la chienne me résonne encore dans l'oreille. Le collègue du blessé arrive en courant, la main sur le revolver et des voitures s'arrêtent... L'émotion passée, je décline ma profession et propose de quoi faire un pansement provisoire... ce qui n'a p'têt pas vraiment arrangé ma situation !
Deux mois plus tard, par le jeu des assurances, des avocats et des torts partagés, je m'acquittais d'une bonne liasse de billets de mille et d'un contact de plus chez les amateurs de chiens : Le gendarme agressé envisageait une formation en métropole dans cette partie de leurs activités....
St Joseph - 1975
---------------------------------------------
Dans "Carambouille", l'article précédent, j'ai omis de préciser que Lagarde est (fut ?) le propriétaire de l'Elevage de la Coulée (et de la Ouenghi) et des oeufs "matines". Il est fortement impliqué dans le milieu Rump et, depuis 20 ans, les alertes successives à la salmonellose n'ont pratiquement jamais abouti à une amende quelconque !