La vie, c'est surtout les souvenirs qu'on en a. Vivre, c'est ce qui nous arrive quand on est absent, quand on est trop occupé à d'autres choses ! Donc prendre des notes, conserver des traces, trier les déchets pour pouvoir un jour m'étonner : "Mais bordel, comment suis-je donc arrivé là ?..." (Note 1991)
Encore ?...
Les valvules de Lafleur, la prostate de Mitterrand, le St Esprit pour DSK, l'anosognosie pour Chirac...
Chez les gens normaux, on dit cynisme, lâcheté, arrogance, veulerie, hypocrisie, politique...
Et pour le prochain, on va trouver quoi ?... Ca va devenir abracadabrantesque !
- A quel prochain tu penses ?
- Bîn... à mon banquier, mon maire, mon ex-, mon garagiste... Tu penses à qui, toi ?
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L'entretien serré était fini. J'avais déjà la main sur la porte du bureau.
- Au fait, Sagamore, la babésiose... Toujours pas convaincu ?
Surprise ! Dans le ton ironique, comme une menace. Quatre ans (?) s'étaient écoulés pendant lesquels j'étais resté attentif à pouvoir modifier mes intimes convictions. Rien ! Bien sûr, d'autres subventions se détournaient et on avait aussi occulté quelques bizarreries de labo (salmonelloses des œufs) Sans plus. D'autres trucs "à sensations" scandaient l'actualité du pays (l'emballement du Tiare futur, la grève à Cellocal, les foucades hebdomadaires du RPCR...)
Bof !
L'entrevue d'aujourd'hui avait tourné court : Pas question pour moi de détenir de la strychnine pour les chiens errants dans les rues du village. J'avais passé quinze ans à réparer divers animaux empoisonnés par négligences ou par des colériques excédés. J'étais équipé pour parer aux poisons locaux usuels mais je ne voulais pas endosser la responsabilité de la strychnine lâchée en liberté dans le paysage...
Cette connerie étant évacuée de la discussion, on a évoqué la réduction de mon activité véto au Wallistan* : Je devais orienter mes priorités vers l'élevage industriel. L'électoralisme était-il prioritaire ? J'ai fait semblant de ne pas comprendre qu'en politique, l'intérêt général était passé de mode (On anticipait déjà la cession du service vétérinaire au privé !)
Passons.
Et soudain, dossier babésiose, le retour ? Je venais de récuser deux imbécilités de basses œuvres, élaborées par des gens intelligents. Plus qu'un coup de lune, c'était une impulsion politique tombée du ciel. Par ailleurs, dans les médias, on ne se cachait plus d'annoncer officiellement ce qui, en vrai, dissimulait aussi des intérêts occultes personnels (Immobilier, le Grand Tuyau, OPT...) !
Depuis quelques années, j'étais entré progressivement en "décroyance" démocratique (Pour changer les choses, il faut d'abord y croire - Un ami - Note 1998.) Je pensais être un cas particulier car j'ignorais que l'accablement et
la défiance prévalaient dans d'autres services (Agriculture, éducation, DI3T, administration générale...) Certains responsables ne cachaient plus leurs désillusions, d'autres avaient
carrément démissionnés...
(A cette occasion, moi, le z'or, j'eus droit à une anthologie de l'ironie calédonienne...)
Alors, la main sur la porte je me suis retourné :
- La babésiose ? Quelle babésiose, Monsieur ?...
Deux ans plus tard, tout le "négociable" du service public passait aux particuliers. Sans aucune contrepartie. Le "Service Vétérinaire et des Productions Animales" était privatisé. Le budget des subventions publiques à l'élevage passait aux confrères nouvellement installés sur mon secteur. Les tarifs quadru- ou quintuplaient, ce qui sélectionnait les clients. Dès mon départ, la pratique bovine peu rentable fut délaissée. Pendant un moment, l'élevage rural revint aux bricolages empiriques d'autrefois (castrations à vif, vélages au tracteur, abandon de station...)
Une majorité de petits éleveurs disparurent en quelques années.
*La communauté wallisienne venait de créer un parti politique en opposition au RPCR...
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