La vie, c'est surtout les souvenirs qu'on en a. Vivre, c'est ce qui nous arrive quand on est absent, quand on est trop occupé à d'autres choses ! Donc prendre des notes, conserver des traces, trier les déchets pour pouvoir un jour m'étonner : "Mais bordel, comment suis-je donc arrivé là ?..." (Note 1991)
Mes premiers remplacements.
(copié - collé de mes notes)
…En dernière année, j'avais accumulé un sérieux bagage
de connaissances. Comme d'autres de ma promo, j'étais soulagé et fier d'avoir obtenu les diplômes tant espérés. Mais passer à la pratique était un
challenge obligatoire que certains d'entre nous ne dépasseront jamais. Ceux-là resteront des "pointures" du savoir sans devenir des praticiens pour autant. Et j'ai conservé longtemps les adresses
de ces encyclopédies vétérinaires…
Après l'Ecole, j'ai ramé plusieurs années pour apprendre le travail et acquérir de l'aisance par étapes dont je ne voyais pas la progression. D'un remplacement à l'autre chez des anciens, j'ai travaillé inquiet, tendu, plus soucieux d'apparence que d'efficacité réelle. En plus de veiller à ma propre sécurité, je me sentais observé et jugé par des clients attentifs à la moindre bourde. Tout ça n'inclinait pas à la réflexion pondérée et au dilettantisme ! Hésiter sur un diagnostic, tâtonner dans les choix (sans le laisser paraître) ou même entreprendre une chirurgie mille fois répétée, c'était épuisant [...] Je ne bossais pas dans la quiétude, ni dans la qualité, cet élément indéfinissable qui réunit la compétence, la sérénité et le zèle.
Dans tous les métiers artisanaux, le travail de qualité relie technicité et l'expérience du praticien au résultat de son travail [...] Jusqu'à en faire un art…
[...] Etre vétérinaire, c'est s'occuper d'animaux. Mais pour moi, la voie royale du véto, c'est s'occuper d'animaux de travail, de rente ou de loisirs (Veterinae = Bête de somme)
Evidemment, je ne manquais pas de me tromper, et m'apercevoir d'une erreur a remis plus d'une fois mon avenir en question. Certains confrères n'en sont pas revenus qui se sont investis dans d'autres compétences moins exposées : le labo, l'armée, l'enseignement, la faune sauvage, l'agro-alimentaire... Pour les incurables, il y avait encore une chance dans l'administration ou comme député de droite par exemple ! (Ceci fut rédigé dans les années 1990, mais c'est encore valable !)
En fin d'exercice, je crois que je fus un des derniers vétérinaires d'étables à soigner les vaches
des ploucs. Et y être à l'aise. Aujourd'hui, être plouc ou paysan n'est plus un métier. Place aux lactodromes, aux
feed-lots d'engraissement, avec leurs techniciens, leurs ordinateurs et leur nouvelle bestialité !
(Note 2002)