La vie, c'est surtout les souvenirs qu'on en a. Vivre, c'est ce qui nous arrive quand on est absent, quand on est trop occupé à d'autres choses ! Donc prendre des notes, conserver des traces, trier les déchets pour pouvoir un jour m'étonner : "Mais bordel, comment suis-je donc arrivé là ?..." (Note 1991)
Parmi les mots-valise que j'utilise sans faire gaffe, y'a crise !
Une crise, c'est une perturbation aiguë et passagère. Le propre de la crise est de passer, de ne pas durer, de finir (= une crise de larmes) On lui associe parfois le mot Etat qui, à l'inverse, suppose quelque chose de durable ou même d'éternel. Parler d'un état de crise est une imbécilité (Lagarde, juin 2010, mais la crise de l'Etat n'en est pas une...)
Quand une crise dure 50 ans, est-ce encore une crise ?
En politique, n'est-ce pas plutôt de l'impuissance érigée en système de gouvernement ?
On ne dit pas d'un malade en phase terminale qu'il traverse une crise !
Parler de la crise de l'emploi, du logement, du pétrole, de confiance, internationale, spirituelle... c'est réaffirmer une croyance inébranlable dans le prochain retour de l'emploi, du pétrole, du logement, de la confiance, etc...
Si y'a crise actuelle de la Démocratie, c'est donc pas encore foutu. Vous et moi ne vivons qu'un sale moment...
Car le paradoxe de la crise, c'est qu'elle précède ou suppose la bonne santé !
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… matinée ensoleillée dans la vallée de la Ouenghi. Nous ne sommes que deux pour castrer ce cheval tranquille. J'aurais aimé une personne supplémentaire, mais il n'y a pas d'autre habitant à moins de cinq kilomètres. Et puis c'est une procédure de routine : Un endroit plat, un tas de paille ou d'herbes, de l'espace pour le réveil, une corde de sécurité aux jambes et... Ca ira. A moi d'ajuster exactement les doses, d'opérer vite, et c'est joué sans angoisses, sans incidents et sans douleurs.
Normalement !
Le cheval est à la diète depuis 24 h. Il a reçu une préanesthésie, et j'ai préparé
la grande longe et un seau d'eau où trempent mes outils dans une solution antiseptique. J'explique la procédure à G. : "Tu lui tiens bien la tête, je vais
injecter l'anesthésique en IV, on compte jusqu'à dix. Et le cheval va doucement partir vers l'arrière (J'insiste) Tu retiens la tête pour éviter un choc trop brutal sur
l'herbe…" Et donc G. se campe solidement face au cheval, et j'injecte la bonne dose pour une anesthésie totale, rapide et profonde. J'empoigne la crinière pour aider
à prévenir une chute un peu dure. On compte jusqu'à dix et…
Et là, surprise : au lieu de reculer, le cheval fait un pas en avant, fléchit les genoux et roule sur le côté. Je le retiens pour l'accompagner jusqu'au sol.
Quand je me redresse, le cheval dort paisiblement à ma droite. Mais à ma gauche, G. est par terre, plié par le coup de genou qu'il vient de prendre dans les couilles. Me voilà seul entre deux gisants au tapis ! Et le seau d'eau froide que je tiens à la main, j'en fais profiter qui d'abord ?...
Une demi-heure plus tard le cheval est castré, mais G reste prostré, vraiment souffrant. Je l'emmène au dispensaire d'où une ambulance le prendra en charge vers Nouméa (une orchite hémorragique)...
Ca n'est pas dans Paris-Match mais aux dernières nouvelles, le cheval va bien ! ...
(12 mars 1996)
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Je relis cette note d'il y a 15 ans quand, pour castrer un cheval, il suffisait d'un tas d'herbes, pas trop de soleil, un emplacement sec et plat, loin des barrières... Avec une technique bien rodée, l'intervention reste sans risques et peu onéreuse. Bien sûr, il y a parfois des incidents et des suées, mais en 20 ans et 600 chevaux plus tard, je n'ai jamais eu un seul accident majeur.
En relisant ce machin, je pense à l'habitant d'une HLM qui regarde sa barre d'immeuble pétardée en gravats : C'est vrai qu'c'était pas terrible, mais on n'y avait quand même des projets... Et c'était toute ma vie !
* Pour plagier Leibnitz : Pourquoi quelquechose plutôt que rien ?